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30% de boursiers au Lycée Joffre?

Le président de la République a cette semaine fixé comme objectif 30% de boursiers en classes préparatoires. La moyenne nationale est de 22%, le Lycée se situe au-dessus de la moyenne. Il nous faudra « convaincre » un élève boursier de plus par classe pour atteindre cet objectif.

En effet, aucune place ne sera réservée aux boursiers. Ils feront comme toujours candidature à égalité avec tous les autres candidats. Le défi consiste donc à amener plus de boursiers à candidater en classes préparatoires. Il faut comprendre les freins qui existent encore. Pour cela, une seule solution : informer. Dans l’académie de Montpellier, nos Zones d’Exclusion Programmées sont essentiellement rurales. En effet, l’éloignement de Montpellier, le moindre accès aux informations (forum, Portes Ouvertes) nous prive encore de certains bons élèves. Pour cette raison, nous sommes plus présents encore cette année auprès des Lycées ruraux (visite à Lodève, Clermont-l’Hérault). Seul Mende nous a résisté cette année, en raison de la neige!

Il faut bien faire passer le message que les classes préparatoires sont la voie de la réussite. Rappelons ainsi qu’actuellement, il y a plus de places aux concours des écoles d’ingénieurs que de candidats. Conséquence : tout élève sérieux admis en classe préparatoire peut réussir. Les filières des écoles de commerce sont réputées coûteuses. En réalité, le coût de la scolarité est compensé par des stages bien rémunérés, des aides spécifiques à ces écoles, des prêts avantageux. Disons simplement qu’aucun élève n’a dû renoncer à intégrer HEC pour des raisons financières. Dans ce domaine, nous apportons notre pierre grâce à un partenariat avec des banques, pour nos élèves.

Mais le point crucial n’est pas abordé dans la proposition de M. Sarkozy : pourquoi, alors que 22% des élèves de prépa sont boursiers, il y a bien moins de 22% des polytechniciens qui le sont? * Les élèves issus de milieux modestes seraient-ils moins brillants que les autres?

Ce point est crucial car les véritables élites du pays sortent des très grandes écoles (X, ENS, Centrale, Mines). Même si les milieux modestes sont bien représentés en prépa, ou disons pas moins bien que dans d’autres filières du supérieur, ils sont voués à intégrer des écoles moins prestigieuses que celles du Top 10.

Donc, les élèves issus de milieux modestes seraient-ils moins brillants que les autres? Bien sûr que non. La preuve en est qu’il y a trente ans, un quart environ des élèves de l’X et des ENS étaient issus de milieux modestes. Nous en connaissons tous.

Les raisons à cette évolution sont multiples, mais j’en vois deux. D’abord, la part que prennent les parents dans l’orientation est déterminante, dans un sens come dans l’autre (pousser ou non ses enfants à des études longues). Au point que des voix s’élèvent en Allemagne pour demander la restauration de l’influence du milieu enseignant, en prolongeant la journée de travail, par exemple.

Le deuxième point est que les élèves qui suivent une scolarité dans de mauvaises conditions sont pénalisés par des connaissances moindres, ou imprécises, et une grande différence culturelle avec les élèves des milieux aisés. C’est là le résultat de la massification des trente dernières années.

Là est le véritable défi à relever pour intégrer les élèves de tous milieux dans toutes les grandes écoles. Nous avons discuté de cette situation avec mon collègue Jean-Paul Brighelli sur le podcast du Lycée.

* En fait 0% des X sont boursiers, pour la simple raison que tous touchent une indemnité, quelle que soit leur situation personnelle. Je veux bien entendu dire par là que moins de 22% des X sont boursiers au moment de passer le concours!

Publié par JS le jeudi 18 décembre 2008 à 16:30 dans la rubrique Opinions. Vous pouvez suivre les réactions via ce fil RSS 2.0. Vous pouvez réagir, ou créer un trackback.

2 réponses à “30% de boursiers au Lycée Joffre?”

  1. hugues Vessemont dit:

    La méritocratie n’est pas LE remède contre la discrimination, les filières d’élites s’immunisent rapidement contre ces ordres impératifs d’ouverture… Il est plus facile de faire céder des chefs d’établissement que d’appliquer la loi SRU

  2. JS dit:

    Les différentes initiatives visant à rétablir une égalité de chance entre les élèves quel que soit leur milieu sont souvent le fait de collègues ayant eux-mêmes bénéficié de cela à leur époque et déplorant l’évolution depuis. Ces initiatives ont souvent précédé des directives ministérielles. De la même manière, dans le secondaire, des initiatives personnelles ont pour but d’entraver une évolution plus globale.
    Effectivement, la question des élites n’est qu’une partie de la question de l’école qui n’est qu’une partie de la question de la discrimation. Il faudra mobiliser bien plus d’énergies pour en arriver à bout.

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